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Delphine Wilputte, journaliste
Article : « On a tout à faire, à refaire »
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27 novembre 2015

« On a tout à faire, à refaire »

J’ai croisé Michel K. Zongo au Festival du documentaire d’Amsterdam (IFDA), aux Pays-Bas. Attirée par son nom, dont j’avais déjà beaucoup entendu parler, et par le sujet burkinabè de son film, j’ai cherché à le rencontrer. Je n’ai pas regretté ; nous avons discuté pendant deux heures ! À défaut de retranscrire toute notre conversation, je vous partage ici l’interview à proprement parler.

« La Sirène de Faso Fani », documentaire de Michel K. Zongo
« La Sirène de Faso Fani », documentaire de Michel K. Zongo

Ton film, « La Sirène de Faso Fani », parle de la célèbre entreprise de textile située à Koudougou…

L’usine Faso Fani était à Koudougou et fabriquait le pagne, tissu traditionnel qu’on appelle le Faso Dan Fani. Cette usine a été fermée en 2001 suite à l’injonction de la Banque Mondiale et du Fonds monétaire international (FMI), parce que le Burkina était signataire du Programme d’ajustement structurel (PAS), depuis les années 1990. Parmi les conditions du Programme, il y avait la libéralisation de l’économie, la soi-disant ouverture aux marchés internationaux. Donc l’État, qui produisait certaines marchandises, était obligé de les abandonner aux mains d’entrepreneurs privés. Au niveau national, peu d’entrepreneurs avaient les moyens de reprendre ce genre d’usine pour les faire fonctionner. On a abouti à une liquidation totale de cette usine. Plus de 1 000 employés se sont retrouvés au chômage.

Moi, j’ai grandi dans cette ville de Koudougou, j’ai grandi là-bas, j’ai tout fait là-bas. Je suis attaché à cette ville. Avec ce film, j’ai essayé de raconter cette histoire commune, parce que j’estime que c’est une histoire qui me concerne.

Le film s’articule autour de la rencontre des anciens employés pour comprendre le mécanisme qui a mené à fermer l’usine. Pourquoi le Burkina, en tant que l’un des premiers producteurs africains de coton, et étant donné le marché florissant du pagne, pourquoi cette usine burkinabè a-t-elle été liquidée ?

La fermeture de l’usine Faso Fani, c’est un exemple parmi d’autres. En-dehors du Burkina, beaucoup d’autres entreprises africaines de ce style, qui promeuvent la production locale, ont subi le même sort. Comment l’explique-t-on ?

Le PAS, conçu par des experts de la Banque Mondiale pour les pays d’Afrique sub-saharienne, soi-disant pour relever l’économie, ne servait qu’à ouvrir le marché africain à des multinationales étrangères qui ont pour seul but le profit. Les multinationales arrivent pour faire du profit, elles ne poursuivent pas ce rôle social dont l’État était garant. Il y a privatisation, licenciement d’employés et il s’ensuit souvent une liquidation de l’usine parce que, dès que le propriétaire l’achète, il en fait ce qu’il veut.

Ca a été un bouleversement économique pour beaucoup de pays d’Afrique de l’Ouest – le Mali, le Togo, le Bénin, le Burkina, le Niger, le Sénégal – dans les années 1990. Vingt ans après, les conséquences sont toujours visibles. Quand un employé se retrouve au chômage en Afrique, ce n’est pas une seule personne qui en pâtit, c’est une famille – et la famille africaine, ce n’est pas la famille européenne !

Où sont désormais fabriqués les pagnes ?

Il n’y a plus de production de ce pagne manufacturé au Burkina. En réaction à cela, l’artisanat s’est développé. Les femmes qui faisaient du tissage ont développé leur activité parce qu’il y a de la demande. Ce qui remplace le Faso Fani au Burkina, c’est le tissage des pagnes par les femmes. C’est désormais une activité d’avenir, si je peux dire. Là où les hommes ont failli, peut-être que les femmes vont réussir ! C’est une possibilité de développer cette filière-là, pas forcément en industrie, mais en coopérative par exemple. Ce serait une économie au niveau local. Pourquoi tout le temps s’ouvrir aux multinationales ? Est-ce nécessaire ?

L’activité de ces femmes, c’était une manière intelligente de réagir à la fermeture de cette entreprise. C’est une belle revanche.

Je m’amuse souvent en disant que la Banque Mondiale ne sait pas où se trouvent ses femmes ! Elles ne font pas partie du circuit de l’économie capitaliste. Pour l’instant, elles sont encore au niveau local. Mais ce qui est sûr, c’est qu’aujourd’hui, elles font vivre des familles.

Tout cela, c’est lié à la politique…

Bien sûr ! Il faut quelqu’un qui épouse ces idées-là, il faut quelqu’un qui croit en cela. Et surtout, quelqu’un qui se donne les moyens, parce que c’est une lutte. On est dans une espèce de gouvernance mondiale de l’économie qui offre peu de chance aux systèmes alternatifs. Il faut des personnalités politiques qui créent des formes de rupture, de manière isolée du moins. Une rupture totale, je ne pense pas que ce soit possible… Mais on peut penser à appliquer d’autres modèles.

Notre chance aujourd’hui, c’est qu’on a tout à faire, à refaire. Et puis, on a tout en Afrique. La richesse se trouve là-bas, mais c’est malheureusement la pauvreté qu’on voit tous les jours. S’il y a de la conscience politique, s’il y a de la volonté, je pense que ce ne sont pas des choses insurmontables.

Les élections de ce dimanche au Burkina Faso peuvent-elles vraiment changer les choses ?

Je ne pense pas. Les candidats à la présidentielle du 29 novembre sont tous des poissons du même marigot. Il faut attendre de voir ce que cela génèrera à l’avenir. Moi, je pense que ce qui est intéressant dans le reclassement du jeu politique au Burkina, c’est que cela va créer de nouveaux politiciens, peut-être plus visionnaires et surtout, des jeunes. C’est en eux qu’il faut voir l’avenir. C’est dans dix, quinze ans qu’on verra émerger une nouvelle classe politique, avec d’autres ambitions et avec d’autres défis.

L’avenir du Burkina, tu le vois comment ?

Je suis assez optimiste. Une chose est certaine : l’ère de Blaise Compaoré est terminée. Personne n’acceptera de faire marche arrière. Le sacrifice est tellement énorme que ce n’est pas possible. Donc, c’est un acquis. Mais il faut travailler. Tout est à refaire et c’est maintenant que ça commence. Il y a un troisième pouvoir qui s’est créé : la société civile. J’en fais partie, ayant des opinions politiques sans être lié à un parti. Cette société civile a compris que le pouvoir était dans ses mains, qu’un des pouvoirs pouvait se trouver dans ses mains et qu’elle peut vraiment jouer un rôle d’équilibre. Les choses se joueront beaucoup sur ça : le contrôle de l’action politique de tous ceux à qui on donne nos voix. Il faut qu’on puisse demander des comptes, ce qui n’était pas possible il y a deux ans.

Partout en Afrique, il y a une ébullition de la société civile. L’exemple du Burkina fait rêver d’autres pays. C’est normal. Ce n’est pas par amour, mais c’est un besoin. C’est une génération qui est arrivée à une certaine maturité, qui a envie de participer à la conception de son avenir. Au lieu de rester assis à attendre qu’on décide de ce qui est bien pour nous, on décide de vous dire ce qui nous arrange.

La société civile n’est-elle pas susceptible de tomber dans les mêmes travers ?

On ne peut jamais dire jamais ; on est tous humains. Mais je pense que les hommes passent et les idées restent. C’est ça qui est intéressant. Même s’il arrivait que des hommes se donnent d’autres objectifs que les objectifs primaires qu’ils se sont donnés, je pense qu’ils auront eu le temps de transmettre leurs idéaux à d’autres personnes. L’essentiel est qu’ils aient semé quelque chose.

Peut-être aussi que cette société civile, dans l’avenir, aura intérêt à récupérer le pouvoir pour gérer. Pourquoi pas ? Rien n’est exclu. C’est un laboratoire qui est en train de se mettre en place au niveau de l’Afrique. Ce sera une expérience. On ne doit pas prendre les armes. Cette génération ne veut pas prendre les armes, mais veut participer à la conception de sa nation. Sans les armes, c’est la parole, ce sont les idées.

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Article : Ouaga bouillonne
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20 juillet 2013

Ouaga bouillonne

La capitale du Burkina est, comme toute capitale, le point de rencontre des revendications de la population. Ces dernières semaines, j’ai le sentiment que le mécontentement s’y fait plus fort. Les Ouagalais n’ont plus leur langue de leur poche. Les marches, sit-in et grèves deviennent fréquents.

(Ouagadougou, juillet 2013)

En cette première partie de 2013, les Ouagalais n’ont pas été épargnés par les mauvaises nouvelles.
En mars, l’Organisation des Nations Unies publie son Indice de développement humain de 2012. Le couperet tombe: le Burkina pointe son nez dans le bas du classement mondial, 183e sur 187 pays. Il campe parmi des Etats en situation de conflit.

En avril, c’est le gaz butane qui devient plus cher. Depuis lors, les Burkinabè déboursent 5.000 F CFA pour recharger leur bouteille de 12,5 kg, soit 1.000 F CFA de plus qu’avant. De quoi faire tourner de l’œil la plupart des foyers ouagalais, qui utilisent cette denrée quotidiennement pour préparer leurs plats.
Pour couronner le tout, les prix du lait et du mil augmentent aussi.

En mai, l’annonce de la création d’un Sénat au Burkina échauffe les cerveaux pour de (Ouagadougou, juillet 2013)bon. Cette innovation est prévue depuis décembre 2011. Tous les Burkinabè savaient que le Sénat allait être mis en place. Mais cette seule concrétisation est la goutte d’eau qui fait déborder le vase pour la plupart des gens que je côtoie. Ils craignent en fait de voir s’ériger un Sénat pro-régime qui permettra de réviser la Constitution quand bon lui semble. De plus, le budget nécessaire pour la création de cette structure donne le vertige: l’opposition parle de 36 milliards de F CFA, soit près de 55 millions d’€.

Les réactions

Elles ne se font pas attendre… Le 29 juin, l’opposition politique organise une marche anti-Sénat. Plusieurs milliers de personnes y participent. Les gaz lacrymogènes lancés par la police ne font qu’accentuer le mécontentement des manifestants. C’est visiblement le début d’un ras-le-bol partagé.
Un mouvement voit le jour suite à cette marche: « Le Balai citoyen ». Dès ce moment, les artistes entrent dans la danse. Sans langue de bois, les deux musiciens-fondateurs (Ouagadougou, juillet 2013)appellent à une démocratisation du Burkina Faso.

Le 13 juillet, les gardes de sécurité pénitentiaire de la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou observent un arrêt partiel de travail. Cette action n’est que peu relatée tant elle est silencieuse. Cependant, elle prouve cette fois que, même du côté des agents de l’Etat, les critiques pleuvent. Mauvaises conditions de travail pour eux, mauvaises conditions de détention pour les prisonniers.

Le 16 juillet, c’est au tour des journalistes de se plaindre. Ceux des médias publics, plus précisément. Ils organisent un sit-in devant le Ministère de la Communication. Dans leur haut-parleur et sur leurs pancartes, leur revendication est sans équivoque: non aux conditions de travail actuelles et non à l’immixtion de la hiérarchie dans l’élaboration de leur information. Cette dernière plainte fait suite à la censure que les journalistes ont subie lors de la couverture de la manifestation de l’opposition.

(Ouagadougou, juillet 2013)Enfin, dernière marche en date: ce 20 juillet. L’appel à protestation de la Coalition contre la vie chère a convaincu la population de remplir la place de la Nation ce matin. Dans la foule, l’on retrouvait tant des travailleurs du secteur public que privé. La vie chère, tout Ouagalais la ressent, indifféremment du reste.

Malgré les multiples tentatives de récupération de la part du pouvoir, la plupart des Ouagalais que je rencontre sont las. Les journalistes s’insurgent. Les étudiants se rebellent. Les commerçants désespèrent. Les chômeurs se découragent. Les expatriés s’étonnent. Les chefs de petite entreprise s’inquiètent. Les fonctionnaires souffrent. Mes voisins périssent.

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Article : Voyage-marathon au Ghana
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12 juillet 2013

Voyage-marathon au Ghana

Départ: Ouagadougou
Durée: 8 jours
Arrêts: Tamale: 1 jour; Nkwanta: 1 jour; Ho: 1 jour; Keta: 1 jour; Ho: 1 jour;
Kumasi: 2 jours; Tamale: 1 jour
Distance: environ 2.000 kilomètres

(Tamale, 2013)
(Tamale-Salaga, 2013)
(Nkwanta, 2013)
(Salaga-Nkwanta, 2013)
(Salaga-Nkwanta, 2013)
(Tamale-Salaga, 2013)
(Ho-Kumasi, 2013)
(Ho-Kumasi, 2013)
(Kpetoe, 2013)
(Kpetoe, 2013)
(Ho, 2013)
(Keta, 2013)
(Salaga-Nkwanta, 2013)
(Salaga-Nkwanta, 2013)
(Kumasi, 2013)
(Kumasi, 2013)
© 2013

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Article : Ouaga-Bobo
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4 avril 2013

Ouaga-Bobo

Départ: Ouagadougou
Destination: Bobo-Dioulasso
Durée: 8h
Distance: environ 370 kilomètres
Coût: 5.000F CFA (environ 7,50€)

Ouaga-Bobo (Mars 2013)
Ouaga-Bobo (Mars 2013)
Ouaga-Bobo (Mars 2013)
Ouaga-Bobo (Mars 2013)
Ouaga-Bobo (Mars 2013)
Ouaga-Bobo (Mars 2013)

© 2013

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Article : Sur les routes de Ouaga
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9 mars 2013

Sur les routes de Ouaga

Faire de la moto à Ouagadougou, ce n’est pas dangereux, c’est suicidaire. Néanmoins, c’est le moyen de transport principal du pays. Environ 70% des véhicules sont des motos. Comme la plupart des Burkinabè, j’ai donc enfourché mon deux roues.

Ouagadougou (Mars 2012)Ouagadougou. Une ville de plus d’un million d’habitants. Tous les jours y transitent des milliers de moto sur les zones goudronnées.

La moto, c’est un moyen de transport pratique: elle permet d’éviter les nombreux embouteillages, elle est tout-terrain et coûte moins cher qu’une voiture – d’autant plus qu’on peut transporter le même nombre de passagers.

J’ai néanmoins détecté quelques points faibles à ce moyen de transport. A l’air libre, tout motocycliste ingère la pollution environnante. Et, à Ouaga, elle n’est pas des moindres. Nombre de mes collègues de route ont trouvé une solution ingénieuse: faute de masque « à la chinoise », ils placent un cache-yeux – comme ceux que l’on distribue dans les avions – sur leur bouche.

Mais la pollution est loin de constituer l’unique inconvénient recensé. En route…

– « Un conducteur fantôme circule actuellement sur la route allant de la Patte d’oie vers le Village artisanal. »

Aujourd’hui, comme souvent, la capitale est embouteillée. Après quelques minutes de trajet, je rencontre un automobiliste quelque peu pressé, qui décide de prendre la route à contre-sens. Outre de risquer ma vie et celle de mes compagnons de route, cet acte lui permet d’éviter un rond-point bondé.

Il est officiellement en infraction, mais mes confrères burkinabè l’admettent sans souci. Je fais donc de même.

Continuons l’aventure. J’emprunte désormais l’échangeur.

– « Attention: un cycliste est arrêté dans le tournant de l’échangeur. Il tente de récupérer ses tongs, qu’il a semées en pédalant. »

L’échangeur équivaut à l’autoroute burkinabè. Il existe depuis peu. 2008, exactement. Tout véhicule y a accès, du camion ultra-chargé au vélo aux roues voilées. Le plus rapide serpente parmi les plus lents. Généralement, je fais partie des escargots. Aujourd’hui, je m’intègre dans le premier groupe. L’avantage du slalom, c’est que le parcours semble plus court. Je prends plus garde à ne pas frôler les autres qu’à analyser le chemin qu’il me reste à effectuer.

– « Chers conducteurs, soyez vigilants et restez conviviaux. »

Sur l’échangeur ou ailleurs, il existe une activité ludique que je pratique régulièrement, notamment aujourd’hui: la discussion avec mon voisin de route.

Ainsi, je le salue, je lui demande comment va la famille, les amis, le quartier, etc. Mais, surtout, je lui demande ma route. Je ne dispose pas encore de carte de la capitale. C’est donc une de mes astuces pour retrouver mon logement.

– « C’est la fin de cet inforoute. »

La fin de mon périple, aussi. L’heure, pour moi, de ranger ma moto dans mon salon, où elle passera la nuit.

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Article : Mondoblogueuse
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21 septembre 2012

Mondoblogueuse

Depuis ce matin, je fais partie des 150 blogueurs sélectionnés pour la seconde saison du projet Mondoblog.

Mondoblog, c’est une « plateforme qui regroupe des blogueurs francophones sélectionnés par un concours initié par l’Atelier des Médias de Radio France Internationale« . Pendant six mois, je serai formée à distance pour développer mon blog.

Kinshasa (2010)
Kinshasa (Juillet 2010)

Pour participer au concours, il fallait écrire une histoire courte. La voici…

Elle s’appelait Sarah

En 2010, j’ai passé six semaines à Kinshasa, en République démocratique du Congo. Sur place, j’ai logé chez une famille que je connaissais indirectement. C’était une famille riche. Comme tant de foyers africains, y vivaient beaucoup de monde: Papa et Mama, la sœur de Mama, une nonne, les aides ménagères et les gardiens. C’était l’été. Papa et Mama accueillaient donc en outre trois jeunes pensionnaires; des enfants de la famille. Parmi eux, Sarah.

Sarah avait cinq ans et une bonne bouille. Pas timide pour un sou, un peu turbulente. Tout de suite, le courant est passé entre elle et moi. Les premières heures, elle m’a observé d’un air curieux. Ensuite, elle m’a parlé dans un français plutôt bon, comparé aux autres enfants de la maison. Par signe de sympathie, je lui ai donné l’un de mes surligneurs, avec lesquels je mettais en évidence les passages importants de mes livres. A peine lui avais-je offert qu’elle était accusée d’avoir dérobé mon marqueur. Mes démentis n’y faisaient rien. C’est la première punition à laquelle j’ai assisté.

Au fil des jours, j’ai compris que le foyer ne supportait plus les bêtises de Sarah. Mama m’a décrit le comportement ingérable de la petite. Aucune concentration. Jamais calme. Toujours en quête d’attention. Elle s’introduisait aussi dans la chambre de la nonne pour y découper ses habits. Cette insolence me faisait sourire. Mama, elle, ne rigolait pas du tout.

Sarah était ici car sa mère ne parvenait pas à s’occuper d’elle pendant les vacances. A la maison, elle se faisait battre. Elle passait l’été chez Mama pour calmer ses ardeurs. Pour reposer son entourage direct, aussi. Visiblement, Sarah n’était pas plus sage ici qu’ailleurs. Elle était donc constamment punie, recluse dans une pièce munie de fenêtres sans vitre à côté du jardin. On l’entendait pleurer à chaudes larmes.

Un jour, Sarah a disparu. Mama et la nonne m’ont dit qu’elles l’avaient envoyé en camp de vacances. Au début, je les ai cru. Après deux semaines, j’ai commencé à avoir des doutes. Je les entendais parler de Sarah en lingala, mais je ne comprenais que quelques mots. Finalement, j’ai appris que Sarah n’était pas en colonie de vacances. Elle était chez un désensorceleur.

Jusqu’à la fin de mon séjour, parler de Sarah est devenu tabou. Je ne l’ai plus jamais revue…

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Article : Loisir de subsistance
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15 juillet 2012

Loisir de subsistance

Sénégal (2012)
Bob et canne à pêche
Sénégal (2012)
Portrait
Sénégal (2012)
Enfilage
Sénégal (2012)
Moulinet
Dakar, Sénégal
© 2012

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Article : Les aventuriers de la mire internationale
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5 juillet 2012

Les aventuriers de la mire internationale

Destination: Mons et Dakar


Sénégal (Mai 2012)

C’est l’histoire d’un échange. Deux semaines à Mons. Un festival. Deux semaines à Dakar. Un autre festival. Chaque fois, treize personnes: des Béninois, des Sénégalais, une Française, des Belges. Nous étions réunis pour travailler ensemble, pour produire des reportages audiovisuels. L’expérience a été bien au-delà.

L’aventure commence le 23 avril 2012 à Mons, en Belgique. Nous avions une semaine pour nous habituer les uns aux autres, une semaine avant que le festival « Un pas de trop » ne débute. Après ce court délai, nous devions tous maîtriser les différentes techniques que nous allions utiliser au quotidien.

Rien de tel que des promenades dans la ville de Mons pour acquérir toutes ces compétences. La méthode fut une réussite. Un stagiaire étranger assurait la réalisation. Il dirigeait une équipe: deux cameramen, un preneur de son, un photographe et un monteur. Avec elle, il devait transmettre ses découvertes. A l’honneur dans ces reportages, l’on retrouve évidemment le chocolat et la bière. La circulation et la pluie, aussi.

« Allez, une fois! »

Plutôt que d’aborder uniquement notre travail – qui fut conséquent et d’une certaine qualité – parlons de cultures, de traditions, d’habitudes et de climat.

Le changement fut radical pour les Sudistes. La Belgique, c’est l’Europe, c’est le froid, c’est les voitures bien alignées, les panneaux de circulation omniprésents, des accents marqués, des couques, du stoemp, et j’en passe!

La première chose qu’un Africain constate lorsqu’il pénètre dans notre Royaume, c’est que nos thermomètres affichent rarement plus de quinze degrés, même au mois de mai. Ciel gris, nuages bas et pluies fréquentes. Venus avec leurs plus grosses vestes et leurs vêtements les plus chauds, les stagiaires béninois et sénégalais ont, malgré tout, difficilement supporté les fraîcheurs matinales (parfois même journalières).

L’autre différence non négligeable à laquelle nos invités ont dû s’habituer: la nourriture. Ici, pas de mil, pas de bananes plantains, pas non plus d’igname dans les plats traditionnels. A la Maison Folie (lieu où se tenait le festival), nous avions toutefois la chance d’avoir Anna. Anna cuisine depuis des années. Et « pas uniquement pour des inconnus », confie-t-elle aisément. Petite, dynamique, un caractère de feu et l’accent du borinage en prime, Anna a souvent étonné nos convives, tout comme nous d’ailleurs. Grâce à elle, les stagiaires africains et français peuvent se targuer d’avoir goûté la cuisine belge: des frites, des chicons, de la carbonnade, des frites encore,…

La fin du stage nous est tombée dessus sans prévenir. Nous n’avons rien vu venir. Les deux semaines à Mons ont semblé s’être écoulées trop vite. Déjà, il était temps de se séparer d’une partie du groupe. Déjà, il fallait préparer nos valises pour notre séjour au Sénégal.

Version dakaroise

Kër Thiossane, cela signifie « Maison traditionnelle ». Depuis trois ans, cet organisme met sur pied le festival « Afropixel ».

Pendant ces deux semaines, nous avons élu domicile dans un cybercafé. Nous y travaillions, nous y dormions, y discutions, y festoyions,… De quoi souder le nouveau groupe assez rapidement.

Plusieurs stagiaires n’avaient jamais mis le pied en Afrique Noire avant ce projet. Ils disposaient d’une journée pour s’acclimater. A Dakar, l’air demeure humide, mais la chaleur est soutenable grâce au vent. Contrairement aux Belges, les Sénégalais parlent peu de météo. Il faut dire qu’il ne pleut quasiment que pendant une saison déterminée.

Durant ce séjour, les Européens ont apprécié un concept très africain: celui de « plat partagé », ces récipients de nourriture dans lesquels on glisse tous sa cuillère. Le geste représentait en fait le caractère convivial, familial de notre expérience.

Quant aux confessions de chacun, elles ne nous ont pas divisées. En Europe, nous sommes majoritairement laïcs ou chrétiens non pratiquants. Plus de nonante pour cent des Sénégalais sont musulmans. Cette différence a été source de curiosités et de discussions. Au fil du temps, la religion a aussi indiqué un rapprochement au sein du groupe. Ceux qui se retiraient pour prier au début, le faisaient face à nous à la fin.

A l’avenir…

Durant ces deux mois de travail, tous les participants au projet peuvent affirmer avoir appris et avoir enseigné quelque chose. Malheureusement, il est impossible de détailler en ces lignes toutes les activités auxquelles nous avons pris part, tant elles furent diverses.

Le périple de la WebEAtv continue à Avignon, en France, puis à Cotonou, au Bénin. Il est fort à parier que la structure poursuivra son chemin vers d’autres contrées l’année prochaine.

Pour les quatre Belges, l’aventure s’est terminée le 23 mai 2012 à Dakar. Nous avons dit au revoir à quatre semaines de travail et d’échange intensifs au sein d’une équipe désormais unie.

Pour suivre la WebEAtv: www.webeatv.com

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Auteur·e

L'auteur: Delphine Wil
Née en Allemagne, de nationalité belge et d'origine congolaise, Delphine Wil présente une identité multiple. Cette diversité culturelle, elle souhaite la faire transparaître dans son blog. Delphine espère vous faire voyager à travers son univers, mais aussi vous faire part de ses opinions.

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